NOUS SOMMES LE PRÉDATEUR ULTIME
On s’émeut de la disparition d’une star, mais beaucoup moins de celle d’une espèce animale. Comme si, d’une certaine manière, nous pouvions vivre sans animaux, mais pas sans économie. Et pourtant, selon une estimation reprise par le WWF, les services rendus gratuitement par les écosystèmes représenteraient au moins 125 000 milliards de dollars par an. C’est plus que le PIB mondial.
La nature nous fournit gratuitement l’eau douce, la nourriture, la pollinisation, la fertilité des sols, la régulation du climat, le stockage du carbone, l’épuration de l’eau et de l’air, mais aussi une grande partie de nos médicaments, de notre économie et de notre bien-être. Et en guise de remerciement, nous la détruisons. Prenons les baleines, par exemple. Leur disparition ne concerne pas seulement les amoureux des océans. Elles jouent un rôle dans le fonctionnement même des écosystèmes marins : elles stockent des quantités astronomiques de carbone et leurs déjections, riches en nutriments, stimulent le développement du phytoplancton. Or, les océans absorbent environ 30 % des émissions de CO₂ liées aux activités humaines, et le phytoplancton marin participe à près de la moitié de la production d’oxygène sur Terre. En d’autres termes, chaque espèce qui disparaît nous fragilise davantage.
Prendre soin des écosystèmes, ce n’est pas seulement « sauver la nature ». C’est préserver nos propres conditions d’existence. Car nous avons oublié une chose essentielle : nous ne sommes pas au-dessus de la nature. Nous en faisons partie. L’être humain ne représente qu’environ 0,01 % de la biomasse mondiale, et pourtant, son impact sur la planète est gigantesque. Nous sommes devenus le prédateur ultime d’un système dont nous dépendons entièrement.





















