Le striatum est en quelque sorte le commandant de bord de notre cerveau. L’un de ces 5 commandements est de manger et si l’on exécute son ordre, il nous récompense avec de la dopamine et du plaisir. Si, par malheur, vous lui en donnez moins, il coupe l’apport de dopamine. À vous de prendre les mesures nécessaires pour le satisfaire et dans une société de surconsommation, le shoot de dopamine n’est jamais bien loin.
Jusque là, notre planète n’en souffrait pas, mais vers la moitié du 20e siècle, nous avons commencé à nous lâcher. L’agriculture intensive venait de rentrer dans nos cuisines et allait bouleverser notre alimentation. Nous sommes désormais capables de produire notre nourriture, à des quantités astronomiques. Notre boulimie n’a désormais plus de limite, notre consommation de viandes et de poissons explose d’année en année, avec pour conséquences funestes toujours plus de pesticides, d’arbres abattus, un effondrement du vivant, des souffrances animales et une pollution massive des sols, des fleuves, des océans. Notre planète est devenu un immense supermarché.
Côté santé, ce n’est pas glorieux. Notre striatum tel un goinfre nous pousse à engouffrer toujours plus de nourriture, même si nos besoins sont amplement satisfaits et même si cela nous rend obèses. Rien de plus normal, durant des milliers d’années, nous avions faim. C’est inscrit dans nos gènes et, pourtant, en un siècle, le postulat venait de changer. La faim a drastiquement baissé dans le monde, le nombre d’obèses quant à lui explose et près de la moitié de la population mondiale pourrait être en surpoids en 2050. Surconsommation, surproduction, surpoids : notre striatum insatiable réclame toujours davantage et le plus rapidement possible. Il n’a tout simplement jamais été préparé à la fin de la faim.
Il nous a permis de survivre pendant plusieurs siècles, mais, maintenant, il nous tue à grande vitesse. Notre nourriture est devenue notre pire ennemi, le nombre d’AVC, de cancers, de maladies dû à notre alimentation explose. Quant au ravage sur dame Nature, ils sont immenses et ne font qu’accélérer le changement climatique et l’extermination des espèces animales. Face à un plat de boulgours ou une belle entrecôte, notre striatum a déjà choisi, il est cruellement urgent que nous le domptions, car clairement, il n’a aucune envie de s’arrêter en si bon chemin. Heureusement pour nous, la plasticité de notre cerveau nous permet de calmer notre envie démesurée de nous goinfrer et de calmer notre tyran Striatum.
Source : Sébastien Bohler – Les Echos

